“Aller chez le photographe avec ses enfants, sa famille, encore OK, je peux comprendre. Mais y aller tout seul, pour se faire prendre en photo, c’est super narcissique, non ?! “

Hier soir, à un diner entre amis, la question m’a été posée en ces termes. Et puisque c’était une question et non pas une affirmation, puisque cet ami se/me posait la question très sincèrement, j’ai été touchée par son désarroi. Il avait vraiment envie de savoir, me semble-t-il.

Cette question est un phénomène de société. Dans notre société, la grande majorité des gens considèrent que se faire prendre en photo seul est plus proche du narcissisme que n’importe quelle autre démarche de bien être personnel. Et, communément le comportement narcissique est considéré comme pathologique, néfaste, négatif, à proscrire. Par conséquence, aller seul chez le photographe est “un truc qui se fait pas”…

Je me suis intéressée au mythe de Narcisse à l’occasion de cet article. Ce que j’ignorais sur ce mythe, c’est la raison pour laquelle ce garçon est tombé amoureux de sa propre image, ni ce que ça lui a fait. Voulez-vous que je vous le dise ?

Et bien, Narcisse il est triste suite à la mort de la nymphe Echo car il se croit incapable d’aimer et indigne d’amour (problème fréquent malheureusement) . Et là, il découvre dans le fleuve sa propre image, qu’il trouve séduisante et merveilleuse, en tombe amoureux (s’aimer soi-même, c’est plutôt cool et conseillé) . Puis, il se désire (c’est là que ça se gâte psychologiquement et que ça devient pathologique) et se rend compte qu’il ne peut assouvir (sexuellement) son désir pour lui-même, il dépérit et meurt.

Quelle partie de ce mythe vous parle ? Dans quelle partie de ce mythe vous reconnaissez-vous ?

Je vais être directe avec vous, aucune des personnes que j’ai eu la chance, le privilège et l’honneur de photographier n’était narcissique dans le sens pathologique du terme !

Ces personnes ont un besoin personnel de se voir exister, de se voir vivants telles qu’elles sont aujourd’hui, de vivre un moment en tête à tête avec soi-même en train de dire et faire ce qu’elles ont envie de dire et faire à ce moment donné. Pas de société, pas de cadre social, pas de “poids de la responsabilité”, pas de quotidien qui existe.

Ces personnes ont envie et besoin d’être vues. Et entendues. Et de se célébrer !

Ces personnes ont besoin de preuves tangibles que leur valeur est bien réelle au delà d’un intellect apprécié, d’un salaire, d’un corps mouvant, d’un rôle ou une place au sein d’un groupe, quel que soit le groupe.

Car nous sommes tous des êtres multifacettes, multitâches, multifonctions et multirôles. Nous sommes

  • mari ou épouse – pour notre épouse ou mari
  • parent – pour nos enfants
  • enfant – pour nos parents
  • ami – pour nos amis
  • salarié ou patron – pour nos collègues
  • spécialiste – pour nos clients
  • client – pour notre boulanger
  • vendeur – pour le client du Bon coin
  • Français – pour les impôts
  • etc …

Nous sommes constamment une part de quelque chose. Et majoritairement, nous nous identifions à ces choses. Moins souvent, nous nous identifions à nous-même.

Tous ces gens dans ces groupes, à un moment donné, nous ont envoyé une idée que nous avons interprétée comme “je ne suis pas aimable” (aimable = apte à être aimé) . Pour leur donner raison nous savons repérer sans faille un détail de nous-même qui commence à porter notre propre non-amour.

Souvent c’est l’apparence, c’est ce qui se voit le plus, c’est ce qui est palpable et exposé. Dans ces cas là, le premier pas – décider d’affronter ses croyances et aller chez le photographe – est le début de la grande victoire. On se donne la chance, l’opportunité d’apprécier ce que l’on est aujourd’hui. De faire connaissance avec une bonne image de soi, dans tous les sens du terme.

Parfois, on s’accepte en image et pourtant on se sent non-apprécié, non-écouté, transparent, ignoré… Il arrive de plus en plus que la société nous invite à nous exprimer – les gens écrivent, chantent, créent ou dansent pour “sortir ce qu’ils portent à l’intérieur”. Heureusement, l’époque du “développement personnel” y est pour quelque chose ! Faire une séance photo pour soi c’est aussi exprimer toutes les facettes de son être, les exprimer pour soi. Pour ne pas s’ignorer soi-même.

Dans ma démarche de photographe portraitiste il y a cette écoute qui m’est indispensable. Personnellement, j’ai besoin d’entendre chaque histoire, de voir les petites mimiques de sincérité, de capter les énergies naturelles. Depuis mes débuts en photographie, j’ai toujours su que je voulais photographier les personnes qui ont délibérément choisi d’être là, qui sont d’accord pour être écoutées, regardées, questionnées, celles qui sont d’accord pour ouvrir leur âme et que c’est ces personnes là avec ces vulnérabilités là que j’ai envie de photographier.

Ce n’est pas de la pathologie. C’est de l’estime de soi.

L’image est un détail. La photographie est mon outil pour rendre la valeur tangible. Il y a vous, il y a ce que vous me donnez, et il y a ce que je vois moi. Comme si quelqu’un vous écrivait un poème personnalisé. 

Merci Jean-Raph. J’ai hâte de te photographier !


Il y a ici un article de Christine Lamiable dans Psychologies magazine, qui fait le tour de quelques problématiques exprimées et la réflexion de la psychanalyste Virginie Megglé. Comme quoi, l’image de soi est une question à part entière, qui sommes-nous, quelle est notre place… La photographie est “juste” un outil.


Savez-vous ce qu’est la photogénie ?

Voulez-vous connaître ma démarche ?

Savoir poser ? Le guide est ici ! et ici !

Et pour me raconter votre histoire et comment vous voulez vous exprimer, c’est ici ! A vite !

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